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Octobre 2002

Italie: quelques rebondissements...



1 octobre: l'immeuble s'est uni pour m'offrir une tarte aux myrtilles mise de côté pour le petit déjeuner et je suis de nouveau invitée chez la grand-mère aux succulentes lasagnes. Le moral est bon...

Tin Tou Tin Tou: voilà messieurs de la police municipale venus chasser le mal et lutter contre le danger incarné par deux chevaux. Papiers…papiers de chevaux…un peu surpris que je les présente. Mais "non capito, a franches" - ben oui, alors il faut téléphoner au service vétérinaire - une deuxième voiture de police arrive…on ne sait jamais…et on attend le vétérinaire…pendant ce temps ; le quartier se rassemble peu à peu sur la place pour venir aux informations. Discours avec la police : - " vous n'avez pas le droit d'être là - mais c'est communal - vous n'avez pas demandé l'autorisation - si, aux habitants du quartier - les habitants du quartier, c'est pas la commune - (c'est qui la commune alors?), bon ici tout le monde est d'accord, je pars demain, je ne fais rien de mal - vous représentez un danger pour la population - (la population étant du même avis que moi et le ton monte, d'autant que d'après ce que j'ai pu comprendre avec mon petit italien, des squatts de drogués ont utilisé le même pré et la police a été infiniment moins prompte à intervenir…)- mais il me faut 4 heures pour tout ranger et préparer les chevaux, ce n'est pas possible avant la nuit - vous allez dans un manège - non, mon cheval est étalon - ah, il est étalon, alors c'est un danger encore plus grand pour la population"

Le plus vieux des policiers, le moins hargneux , me dit qu'il part chercher une solution chez les curés à 100 m de là. J'attends…et plus ça va, plus la population exprime son désaccord avec la police, à la manière italienne à savoir avec beaucoup de bruit…et les chevaux commencent à galoper dans tous les sens dans le pré pendant que les enfants collés à la clôture non électrifiée les appellent. Là, je commence à craindre un accident. Le vétérinaire arrive, ignore les chevaux, s'approche : papiers…de la part d'un vétérinaire…bon. Je ne l'ai plus revu, c'est le policier qui me rend mes papiers 20 mn plus tard en me disant que tout est en ordre. Entre temps, j'ai attaché les chevaux pour éviter un accident avec tout ce brouhaha. Tiens, une voiture de police : ceux-ci sont armés. Heureusement, ils repartent aussi. Le vieux flic revient. C'est OK, à 100 m, je suis accueillis chez les missionnaires - "Ok, mais vous portez en camion toutes mes affaires là-bas " Les flics sont d'accord. Je commence à ranger le camp tranquillement pendant que la population houspille la police. Je les vois qui s'impatientent ignorant qu'il y en a pour plus d'une heure de travail. Ils finissent par s'approcher: - "on peut vous aider? - ben oui, il faut tout porter au camion et les 100m de fils là-bas à enrouler correctement autour du bâton. "Là je me fais plaisir à les voir soulever les 25 kg de chaque sacoche l'air fins et forts et reposer l'ensemble surpris du poids.

Un cheval dans chaque main, je déménage 100 m plus loin chez les pères, 20 enfants criant et riant derrière, une voiture de police devant. Plus tard, le père qui nous a accueillis me dira " quand je vous ai vu arriver avec tous ces enfant et ce bruit, je me suis revu en Afrique", quel beau compliment…

Jeudi 3 octobre : Petit déjeuner avec les pères. Par la grille une voisine me tend 2 plaques de chocolat et l’article par ailleurs très bien fait, paru dans la « Provencia ». Départ à 11h30 sous le regard du père et de la mère supérieure du monastère.

Je passe une heure au pas à côté du cheval puis je monte sur son dos ½ heure et je le sens gêné au niveau des postérieurs : il n’engage plus comme si le terrain était boueux et profond. Je vérifie, non, on est dans un champ fauché et le sol est bon. Non, décidément le cheval a un problème au postérieur gauche. Je descends, vérifie sous le pied : rien. Je le prends en longe pour faire quelques pas en main et constate qu’il n’avance presque plus le postérieur. Je l’arrệte, touche le grasset. Il a mal. Je regarde les testicules, l’intérieur des cuisses et les parties génitales sont couvertes de sueur. Là ça fait tilt : coup de sang. Je tiens le cheval immobile, de toute façon il est paralysé des postérieurs. Je décharge la mule, sort mon pense-bête vétérinaire et vérifie les symptômes du coup de sang : postérieur grippé, paralysie, sueur abondante, regard inquiet, cheval qui gratte des postérieurs, c’est exactement ça. « Tenir immobile au moins une heure et faire 20 ml de Butozyl en intraveineuse » : je m’y emploie. Aurore et Jules contactés par téléphone m’ont trouvé le numéro de téléphone du vétérinaire qui m’a formée mais il est injoignable. Le vétérinaire d’Aurore confirme la conduite à tenir. On est immobilisé dans un champ juste à coté d’une prison et les gardiens, sur les murs de la prison, nous surveillent, inquiets de voir leurs prisonniers s’échapper éventuellement à cheval... Deux heures que l’on est là, immobiles. Bon, il me faut du foin et de l’eau on ne bougera pas pendant plusieurs jours.

Un promeneur passe justement là avec son chien ; j’attache Cysko à un arbre et suis le promeneur qui me mène à un centre équestre à 1 km de là. Sur place, le propriétaire, Mr Mandatti, ne comprend rien de ce que je lui explique mais promet de passer à 18 h avec du foin et de l’eau. C’est gagné pour ce soir. Je retourne auprès des chevaux, leur trouve de l’eau à une maison non loin de là et, suivant les procédures décrites sur mes fiches, brosse le cheval immobilisé depuis trois heures maintenant. Mais déjà il veut repartir ou au moins manger. Hors de question : immobile attaché à l’arbre. 17h,18h, 18h30 toujours personne...Je monte la tente dans le champ entre la prison et le marais, et casse la croûte pour patienter puis appelle le centre équestre. : « Oui oui oui, on arrive. » Quinze minutes plus tard, le 4x4  débarque avec 4 personnes mais sans eau et sans foin. Pas de foin et pas d’eau mais ils me proposent de passer chez eux le temps nécessaire pour le rétablissement du cheval. Je suis un peu énervée. Je ne veux pas bouger le cheval, le vétérinaire d’Aurore ayant conseillé de le tenir au chaud et immobile autant que possible avec du foin pendant 4-5 jours. Monsieur Mandatti me dit alors que je ne pourrais pas rester dormir dans le champ contre la prison et que j’allais me faire vider. Cet argument, accompagné du souvenir des policiers de la veille, de l’idée de pouvoir rester sans souci 4 jours à la même place, de la vision d’un fenil où dormir, de la certitude d’avoir du foin et de l’eau à portée de main et de l’assurance que mon cheval sera loin des autres et à moins de 500 m de là, me persuade de bouger le cheval, attaché à son arbre depuis 4 heures.

Je mets tout mon bazar dans la voiture et, la rage au ventre à l’idée de peut-être empirer l’état du cheval, je suis mon guide. Le cheval marche normalement, peut-être l’effet du Butozyl, et je suis obligée de calmer son ardeur pour qu’il reste derrière moi. 100m, 200 m, 500m, 600 m, la distance augmente et ma rage aussi… 800 m et je vois apparaître l’écurie de Mr Mandatti. Non, je ne veux pas mettre mon cheval avec les autres, il doit rester calme et immobile. J’avise un bel arbre dans le champ fraîchement fauché en face de l’écurie et y installe mon cheval, à l’abri sous les grosses branches, attaché. Un fil autour de l’arbre fait un petit parc pour la mule. Mr Mandatti amène de l’eau et du foin et mes hôtes me regardent médusés de me voir monter ma tente et ranger le campement de nuit. En 20 minutes, il ne reste du tas de bazar qu’une tente avec dedans le nécessaire pour manger et dormir et une pile d’affaire rangée dehors, protégée par une bâche. Voilà tout est prêt et je suis un peu calmée, mes chevaux sont correctement installés.

Centre équestre de Mr Mandatti: Magali y restera 5 jours pour le rétablissement de Cysko

Mes hôtes m’invitent à partager la pasta et j’accepte bien volontiers. Puis je retourne dormir près de mes chevaux, refusant l’accueil dans la maisonnette « club house » du centre équestre. Bien heureusement : le cheval ne va pas très bien, il est très inquiet et se frotte avec fureur aux branches de l’arbre. Mon bouquin vétérinaire conseillant de masser et tenir le chevala au chaud, je vais passer une heure à le masser avec l’étrille. Le bien que cela fait au cheval est évident et peu à peu il se calme. Il est 23 h quand je le laisse en train de s’endormir pour rejoindre mon duvet et peste contre l’humidité : on est entouré de marais et d’un épais brouillard. A 2 h je me lève pour masser à nouveau le cheval qui recommence à s’inquiéter et lui mets 2 tapis de selle sur le dos pour le maintenir un peu au chaud. Une heure de brosse le calme à nouveau et je retourne me peler sous la tente. Je n’ai, à tort, pas sorti le gros duvet et l’humidité liée au stress de la journée fait que le petit duvet que j’ai utilisé jusqu’alors ne suffit plus.

10 Octobre: Aramis a perdu un fer, impossible de le retrouver. J’en choisis un dans un seau de fers usagés pour chevaux. Je tourne le fer au pied d’Aramis, seuls 4 trous sont utilisables, les autres sont trop à l’arrière du pied. Je dois référer Aramis dans 15 jours, j’espère que ça tiendra. Les clous sont bien en place mais le travail pas très bien fait. Vu que ça a été la guerre pendant 1h30 pour remettre ce fer et que j’ai fini avec un bout de doigt arraché par un clou, je me satisfais du résultat, bâte la bête et part à 13h30. Ce soir accueil chaleureux dans une ferme, gîte et couvert offerts généreusement par Elisa, son frère et leur père.

11 octobre : Levé 7h. Je bois un café et Elisa me dit au revoir, elle part au travail et je serai partie quand elle rentrera. Le père passe pendant que je prépare mes sacoches. Il veut un bisou. Hors de question. (Il avait déjà été un peu collant la veille). Il retourne à son travail. Vers 10h30 il revient furieux : « tu ne partiras pas, il faut que tu payes, pour l’eau, pour la stalle, pour l’herbe, pour le pain, pour l’accueil, pour ton repos, pour la nuit. » Il prend la bride de mon cheval et s’en va avec. Je me dis qu’il va se calmer. Je termine mes sacoches puis vais chercher ma bride. Il l’a cachée. Son fils ne tente rien pour le ramener à la raison. J’appelle Elisa qui n’arrive à rien par téléphone. Il ne me reste plus qu’à attendre 14 h qu’elle revienne.

Quand elle arrive elle est très mécontente contre son frère qui n’a pas travaillé, pas préparé le repas et pas raisonné son père. Elle m’accueille pour manger à midi, met son père dehors pendant que l’on mange puis tente de savoir ce qu’il veut. « 200 euros », dit-il. Il est impossible de le raisonner et il décide d’appeler les carabiniers (encore…) pour que je le paie. Là je suis ravie, c’est la solution. Je finis mon repas en attendant et vois les gendarmes débarquer pendant que je suis au café. La fille explique en 2 mots la déraison du père et le fait que je n’ai pas à payer l’hospitalité. J’explique au carabinier qu’il est normal que je paie le foin que l’on m’a donné mais pas l’accueil qui m’a été offert. Le carabinier est agréable. Il connaît le père, comprend la situation et à coups de grappa (alcool fort local) essaie de lui faire entendre raison, l’enjeu étant que je récupère ma bride. J’ai consommé 2 à 3 euros de foin. Le policier arrive à négocier 10 euros avec le vieux qui finit par accepter. J’accepte aussi pour mettre fin à la honte grandissante d’Elisa.

En partant le commandant me propose de me rembourser les 10 euros, mais je refuse, ce sera pour toutes les fois où l’on m’a accueilli gratuitement. La bride sous le bras, je charge Aramis, dis au revoir à Elisa et pars, gardant en mémoire l’accueil chaleureux des enfants.

 Enfin des sentiers faciles à trouver, faciles à emprunter et je fais en 1h30 autant de chemin que certains jours en 3 heures.

Un pré agréable m’attire. J’apprends que ce sont les prés du monastère juste au dessus. Chouette, encore une nuit chez les pères, là au moins il n’y a pas de problèmes. Ce sont à nouveau des pères missionnaires. Pas de problèmes pour le pré et pour l’eau. Je m’installe pour la nuit.

Vendredi 18 octobre: Je me dirige toujours en direction de Bergamo, je questionne les autochtones pour trouver le sentier qui va à Ronzonico. Il est 15h et je suis déjà là où je devrais être ce soir. D’habitants en habitants, de « no ne so » en « no ne plus » (« je ne sais pas » et « il n’existe plus »), je trouve un homme qui connaît le sentier que je cherche. Il m’y amène gentiment. Il y a un problème me dit-il, un pont de bois. « Pas de problèmes, les chevaux passent les ponts de bois » je lui dis. Lui inquiet pour ma sécurité et celle des bêtes m’accompagne jusqu’au pont pour voir si tout se passe bien.

Le cheval passe derrière moi sans se poser de questions. Vient le tour de la mule. Le pont est étroit, des planches de bois bien jointes et deux lices de protection en bois. Il permet de passer un ruisseau qui coule de la montagne au fond d’un ravin. Le pont est le seul point de passage, s’engager sur la pente du ravin est dangereux pour mes animaux.

Je débâte la mule, trop large avec ses bagages pour passer. Je m’engage sur le pont, la mule fait un pas, recule et se met dans la tête que passer ce pont est périlleux…J’insiste. Mais non, rein à faire. J’amène le cheval plus loin en espérant que la mule passe le pont seule pour ne pas s’éloigner de Cysko. Mais non, cette stupide mule s’engage dans le ravin. J’attache Cysko et revient en vitesse récupérer la mule avant qu’elle ne se risque dans le ravin. Et nous revoilà devant le pont, chacune à un bout de la longe, 2 mules s’affrontent...L’homme qui m’a accompagnée là me supplie de renoncer, de faire demi-tour, et de prendre la route goudronnée, de ne pas faire de mal à la mule. Il regrette de m’avoir montré ce sentier… Il ne comprend pas. Je lui explique que je ne peux renoncer, que la mule doit passer ce pont, que si je cède, chaque passage délicat deviendra un calvaire. De toute façon il y a de l’herbe de l’autre coté du pont et je suis absolument décidée à dormir là s’il le faut, mais la mule passera ce pont.

Bon il faut que je trouve une solution pour convaincre la mule de passer sans lui botter le cul…La rambarde de la passerelle est branlante mais a la grosseur d’un arbre. Je fais un tour mort autour avec la longe espérant que la mule se sentant bloquée n’insiste pas en arrachant la rambarde. Elle se trouve donc bloquée à l’entrée du pont. Je la tiens serrée par l’intermédiaire de la rambarde, sans tirer. La mule recule, constate que ce n’est pas moi qui la tient mais la rambarde. Elle n’insiste pas. Un point de marqué. Ses naseaux sont dilatés, elle a visiblement peur. Je la rassure, la caresse, lui fait un câlin, elle s’apaise. Et là je sors l’arme fatale : le chocolat. Je lui fais sentir : intérêt certain. Je tire légèrement la longe, sans brusquerie, la mule veut reculer, ne peut pas, n’insiste pas et fait un petit pas en avant à la limite du pont. Et voilà 10 cm de gagné. L’homme s’en va désespéré. La mule soudain se relâche, sent le pont, regarde le chocolat, je tire doucement sur la longe et elle me suit ! De l’autre coté elle me fait un gros câlin, la tête sur mon épaule, confiante. Une grande bataille est gagnée, je sais maintenant qu’il est possible de convaincre la mule sans s’énerver. Je remercie intérieurement l’homme qui m’a motivé pour rester calme.

Je passe les bagages un à un sur le pont, bâte la mule te repart. La suite du sentier est bon, on est resté plus d’une heure sur le pont.

Lundi 28 octobre: Vu que l’heure d’hiver a pris effet hier, la nuit est là à 17h30. Il me faut donc partir avant 10 h pour stopper à 16h. En me levant vers 5h30 – 6h00 c’est faisable.

Pendant la pause, alors que je soulève le fil de la clôture pour laisser passer une voiture sur le chemin que je bloque, le cheval en profite pour passer... Ravi de sa plaisanterie et suivi de la mule qui a sauté la clôture en voyant le cheval partir il s’en va au trot, poursuit en trottinant sur le goudron, surveillant du coin de l’œil si je suis bien derrière. La route prend une forte pente et  le cheval, pris dans son élan passe au galop et n’arrive plus à ralentir. Il finit les 10 derniers mètres en glissade sur le flanc. Je le récupère penaud, lui met une baffe et examine ses blessures : les deux genoux, l’épaule (bien trouée en 2 endroits), le flanc et le jarret sont atteints. Je finis mon repas, les chevaux au piquet et repart, le cheval pas très vaillant.

Le soir à l’étape je mets de la bétadine sur les plaies du cheval puis, après avoir hésité entre la pommade homéopathique préconisée par Finn (une rencontre) qui a fait des miracles sur le dos du cheval, et le classique Cétavlon je me dis que c’est l’occasion de voir jusqu’où cette crème de « rosée de fleurs » est efficace et j’en enduis la plaie. L’avenir le dira.

Je grogne un peu, j’étais arrivée à bout de toutes les plaies de harnachement et me voilà de nouveau à soigner des blessures…

 




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